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Gouvernance et risques / Analyse

L’extorsion fait payer deux fois le droit de construire.

Les mafias du BTP sud-africain exploitent l’écart entre un contrat légal et la capacité de l’exécuter. Réduire ce risque à une dépense de sécurité sous-estime ses effets sur les marchés, le financement et les entreprises locales légitimes.

Analyse au 6 min de lecture

Une barrière de cuivre bloque l’entrée d’un chantier en maquette sous l’ombre d’une grue.

À propos de la lecture

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Un marché attribué, une nouvelle permission exigée

Un projet de construction dispose déjà d’un maître d’ouvrage, d’un budget et d’une procédure de sélection. L’extorsion introduit un autre acteur qui prétend décider si les travaux peuvent avancer. Une demande de protection, un sous-traitant imposé ou des emplois attribués sous la menace peuvent créer un second processus d’attribution, coercitif, à l’entrée du chantier.

Le dommage dépasse le paiement exigé : le contrat officiel ne décrit plus l’ensemble des coûts ni des décideurs. L’entrepreneur conserve ses obligations tandis qu’un acteur extérieur au processus légal obtient un veto de fait. Ce risque doit donc être traité par la gouvernance et le financement du projet dès sa préparation, et pas seulement dans le registre des incidents de sécurité.

Le vocabulaire exige de la précision. Un forum d’entreprises, une association communautaire ou un fournisseur local n’est pas intrinsèquement criminel. Ce sont les comportements qui distinguent l’extorsion : menace, coercition et exigences sans droit légitime et transparent. Manifestations licites, conflits du travail et réclamations fondées doivent rester distincts.

Des faits graves, des chiffres à lire correctement

En décembre 2023, la Special Investigating Unit indiquait que des projets d’une valeur allant jusqu’à 63 milliards de rands avaient été retardés ou annulés durant la période précédant 2022. Il s’agit de la valeur des projets touchés, pas d’un montant mesuré d’extorsion ni d’une perte annuelle. [1]

En juillet 2026, le ministre des Travaux publics annonçait plus de 770 affaires d’extorsion et d’intimidation liées à la construction, 241 arrestations et 176 personnes condamnées depuis la Déclaration de Durban. Ces chiffres officiels témoignent d’activité et de répression ; ils ne permettent pas de calculer un taux de condamnation pour une cohorte identique. [2]

Les perturbations persistent. Le 1er septembre 2026, EWN rapportait que la ville du Cap déclarait 15 projets touchés par l’extorsion, dont au moins cinq arrêtés. C’est un état des lieux communiqué par une ville, pas une mesure nationale. [3]

Ces sources établissent un risque persistant et géographiquement étendu. Elles ne prouvent pas un taux précis de progression nationale. La sous-déclaration, les périodes différentes et les catégories variables rendent fragile toute courbe simplificatrice. Un conseil d’administration doit demander des données comparables par projet.

Les 30 % ne sont pas un permis de percevoir

La règle historique est souvent réduite à un slogan trompeur. Le règlement 9 des Preferential Procurement Regulations de 2017 prévoyait, lorsque cela était réalisable, une sous-traitance d’au moins 30 % pour les marchés supérieurs à 30 millions de rands afin de favoriser des groupes désignés. Il concernait des prestations soumises aux conditions d’un appel d’offres, pas un droit au paiement d’un groupe non autorisé à l’entrée du chantier. [4]

Les règlements de 2022 ont abrogé ceux de 2017 à compter du 16 janvier 2023, en préservant le traitement des appels d’offres antérieurs. Ils n’ont pas repris cette condition générale de sous-traitance. Les obligations réelles doivent être établies à partir du droit applicable, de la politique d’achat et du contrat. [5] Le Trésor a publié de nouveaux projets de règlements en avril 2026 ; un projet soumis à consultation ne remplace pas une règle en vigueur. [6]

La réponse opérationnelle commence avant l’appel d’offres : publier les engagements de participation, les critères d’éligibilité, la sélection, les modalités de paiement et les recours. Une entreprise doit pouvoir trouver une véritable opportunité sans payer un intermédiaire se proclamant représentant exclusif de la communauté.

La barrière visible peut masquer une défaillance interne

La sécurité est indispensable face aux menaces. Elle ne suffit pas lorsque la coercition devient un achat apparemment ordinaire. Un contrat de gardiennage précipité, un sous-traitant sans capacité réelle ou un changement inexpliqué d’instructions de paiement peuvent déplacer le problème du portail vers la comptabilité. Ce sont des signaux à examiner, pas des preuves de criminalité.

L’étude publiée par GI-TOC en octobre 2026 sur Johannesburg identifie la collusion entre agents publics, acteurs économiques et criminels comme un mécanisme pouvant soutenir l’extorsion dans le BTP. Ce sont les conclusions d’une recherche attribuée, pas une accusation contre toute municipalité ou tout fournisseur. [7]

Il faut vérifier qui peut créer un fournisseur, approuver un avenant, certifier des travaux et libérer un paiement. Examiner légalement les bénéficiaires effectifs et les conflits d’intérêts. Exiger la preuve des prestations facturées. Permettre aux équipes commerciales et d’audit interne de signaler une pression sans dépendre de la personne qui a choisi le prestataire.

La facture de sécurité ne mesure pas la perte financière

Le projet peut subir des pertes avant tout paiement de protection. Un arrêt immobilise du matériel, prolonge les frais de chantier, reporte les recettes et réduit la trésorerie disponible pour la dette. De petits sous-traitants peuvent disparaître en attendant leur paiement. Si des soumissionnaires crédibles se retirent, le prochain appel d’offres peut devenir moins concurrentiel. L’ampleur de ces mécanismes doit être mesurée localement, pas affirmée à l’échelle nationale.

Les parties doivent convenir des procédures de consignation des menaces, de notification, d’arrêt des travaux dangereux, de conservation des preuves et d’autorisation de reprise. Les droits à délai supplémentaire, indemnisation, suspension ou résiliation dépendent du contrat et des faits. Présumer automatiquement la force majeure ou transférer tous les risques à l’entrepreneur n’est pas une stratégie de financement fiable.

Prêteurs et maîtres d’ouvrage doivent aussi examiner les expositions corrélées : plusieurs projets peuvent dépendre d’une même zone, route logistique, société de sécurité ou personne décisionnaire. Des contrats séparés peuvent masquer un risque d’interruption concentré. Une réserve calculée uniquement pour des incidents isolés risque de l’ignorer.

Protéger la participation contre sa confiscation

Exclure les entreprises locales conforterait l’idée que seule la confrontation ouvre l’accès aux marchés. La participation légitime suppose des lots adaptés, des critères publics, des paiements rapides, de la formation et un recours indépendant. Aucun intermédiaire ne devrait contrôler à la fois les candidatures et les plaintes.

L’annonce gouvernementale de juillet 2026 relative à l’Integrated Social Facilitation Framework reconnaît la nécessité d’un dialogue structuré avant le conflit. [2] Sa valeur dépendra de l’exécution : structures représentatives, intérêts déclarés, facilitateurs responsables et preuves que les opportunités bénéficient à de véritables entreprises. Sans garanties, un nouveau comité peut devenir lui-même un point de captation.

La facilitation a une limite. Renommer une coercition criminelle « gestion des parties prenantes » ne la résout pas. Les menaces exigent une réponse coordonnée de sécurité et des autorités, protégeant salariés et témoins. Les responsables de projet doivent disposer d’une voie d’escalade convenue et d’une autorité pour protéger les personnes.

Vérifier le retour d’un contrôle légitime

Le résultat utile est un chantier qui fonctionne en sécurité dans le cadre de son contrat légitime. Suivre les récidives, jours perdus, changements de fournisseurs après des menaces, exceptions de paiement, plaintes non résolues et délais de reprise sûre. Rapprocher ce registre des références des affaires et de leurs suites sans exposer inutilement témoins et données personnelles.

Arrestations, poursuites et condamnations comptent. Mais une baisse des incidents enregistrés peut aussi traduire le silence ; un chantier rouvert peut dissimuler une sous-traitance capturée. Il faut contrôler la reprise et les conditions dans lesquelles elle a été obtenue.

L’État doit rétablir une autorité publique effective ; le maître d’ouvrage préserver la transparence des achats ; l’entrepreneur disposer d’un système de sécurité et de signalement praticable. Lorsque ces responsabilités sont fragmentées, le droit de construire reste revendable sous la contrainte. Un projet réussi ne devrait pas devoir l’acheter deux fois.

Une question pour votre équipe

Pouvons-nous expliquer chaque changement de fournisseur, de paiement et d’accès au chantier sans dépendre d’un intermédiaire sans responsabilité vérifiable ?

Sources et notes

Sources vérifiées le 29 octobre 2026. L’argument et ses implications commerciales relèvent de l’analyse ; les résultats cités restent attribués à leurs auteurs.

  1. Special Investigating Unit. Construction mafia progress statement18 December 2023
  2. Department of Public Works and Infrastructure. Enforcement and social facilitation announcement7 July 2026
  3. EWN. Extortion of 15 City of Cape Town projects disrupting service delivery1 September 2026
  4. National Treasury. Implementation guide, Preferential Procurement Regulations 2017, section 14 (historical)August 2021
  5. National Treasury. Preferential Procurement Regulations 2022, regulations 10–114 November 2022
  6. National Treasury. Draft procurement regulations consultation announcement16 April 2026
  7. GI-TOC. Joburglary: Assessing the crime–council ecosystem in Johannesburg6 October 2026

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